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Quand attribuer un code Atlas àune observation ?

mardi 1er mars 2011, par rougeron

 

Il n’est pas toujours évident, lorsque l’on observe un oiseau au printemps ou en été, de savoir si on peut lui attribuer un code Atlas. Bien peu d’ornithologues n’ont jamais dà» être confrontés àce problème. De ce code découlera ensuite un statut de reproduction "possible", "probable" ou "certain", base de toutes les analyses futures, qu’elles soient cartographiques ou statistiques.

Mais, en aval de ce choix, se pose une autre question : La date de mon observation s’inscrit-elle dans la période de nidification de l’espèce ?

Cette interrogation se posera d’autant plus pour les codes Atlas "faibles", déterminant le statut de reproduction "possible". En effet, si on observe des adultes transportant de la nourriture ou des jeunes encore en duvet, il n’y a pas de doute àavoir. En revanche, les observations d’oiseaux sans comportement reproducteur ne peuvent bénéficier d’un code Atlas que si la date correspond àla période de reproduction de l’espèce (et bien sà»r si le biotope convient !).

Il est possible de trouver ces informations par un travail de recherche bibliographique, mais tout le monde ne dispose pas chez lui des ouvrages adéquats. Le résultat de ce travail est donc présenté ici pour les 164 espèces nichant (actuellement, jusqu’àpeu ou potentiellement) en Côte-d’Or.

Le tableau de synthèse qui suit (conçu pour la Côte-d’Or, peut éventuellement être utilisé pour la région Bourgogne) précise, pour chaque espèce, deux périodes distinctes :

Pour le télécharger, il suffit de cliquer sur l’image ci-dessous

 

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Période de code Atlas "éventuel" (en jaune)

On pourra ici attribuer un code Atlas, àcondition que des comportements reproducteurs aient été relevés : chant, parades, mâle appareillé d’une femelle, construction de nid, jeune non émancipé, etc. En revanche, l’observation ponctuelle d’un oiseau sans comportement reproducteur ne permettra pas d’attribuer de code Atlas. En effet, selon les espèces, on pourra avoir durant cette période des oiseaux migrateurs tardifs et des adultes ne s’étant pas encore cantonnés (au printemps), ou des migrateurs précoces et des jeunes émancipés s’étant dispersés loin de leur site de naissance (en fin d’été ou àl’automne).

1er Exemple : j’observe une Grive litorne, sans comportement particulier, le 10 avril. Je ne peux pas mettre de code Atlas, certains individus étant encore migrateurs àcette date. En revanche, si j’ai vu l’oiseau chanter ou transporter des brindilles, je lui attribuerai un code Atlas, car àcette date "nos" nicheurs ont déjàentamé leur saison de reproduction. Très souvent, les oiseaux locaux commencent ainsi ànicher alors que les oiseaux des régions plus septentrionales sont encore en transit chez nous.

2ème Exemple : je lève une Alouette lulu le 15 juillet. A cette période, les jeunes de la première nichée sont sortis du nid depuis déjàplusieurs semaines, sont indépendants et peuvent être rencontrés àplusieurs kilomètres de là. Tandis que les adultes préparent eux leur seconde nichée... Si mon observation s’arrête là, rien ne me permet donc d’attribuer un code Atlas. En revanche, si j’ai observé un oiseau adulte le bec rempli de larves d’insectes, c’est un adulte apportant la becquée àsa nichée, je peux donc donner le code Atlas correspondant.

La situation se complique pour quelques sylviidés. L’observateur devra làredoubler de vigilance et d’exigence quant aux codes Atlas qu’il attribuera en période "éventuel", en raison de la fâcheuse tendance qu’ont les individus migrateurs àchanter au printemps ! Cela concerne principalement les espèces suivantes :

+ Locustelle tachetée, avant le 10 juin ;

+ Locustelle luscinoïde, avant le 1er juin ;

+ Phragmite des joncs, avant le 10 juin ;

+ Rousserolle effarvatte, avant le 1er juin ;

+ Rousserolle turdoïde, avant le 1er juin ;

+ Hypolaïs polyglotte, avant le 20 mai ;

+ Fauvette babillarde, avant le 20 mai ;

+ Fauvette grisette, avant le 20 mai ;

+ Fauvette des jardins, avant le 15 juin ;

+ Fauvette àtête noire, avant le 20 mai ;

+ Pouillot siffleur, avant le 20 mai ;

+ Pouillot véloce, avant le 1er mai ;

+ Pouillot fitis, avant le 20 mai.

Certaines de ces espèces ayant une grande distribution géographique (en particulier au Nord de notre territoire, jusqu’en Scandinavie par exemple), un grand nombre d’oiseaux traverse donc la région assez tard (les nicheurs du Nord de l’Europe, où l’hiver se prolonge tard dans l’année, arrivant sur leurs sites de reproduction plus tard que les nôtres), alors que nos oiseaux ont déjàentamé leur reproduction. Problème : ils peuvent chanter eux aussi ! Alors, comment faire ? Deux possibilités :

1. Ne pas donner de code Atlas aux oiseaux entendus une seule fois durant la période de code Atlas « Ã©ventuel  ». Il sera préférable de revenir une semaine plus tard afin de confirmer ou d’infirmer la présence de ce mâle chanteur. S’il s’égosille toujours, on pourra alors en déduire son cantonnement, et donc lui attribuer alors le code Atlas correspondant. Si l’oiseau n’est plus là, alors il s’agissait probablement d’un migrateur tardif.

2. Attendre la période de code Atlas "nécessaire" (voir ci-après), car àce moment-là, il n’y a plus de migrateur, donc plus de problème !

 

Période de code Atlas "nécessaire" (en orangé)

On devra ici (dans 95% des cas) attribuer un code Atlas, quelle que soit l’observation : on considère en effet qu’àcette période, il n’y a plus - a priori - de migrateur dans notre région et que les oiseaux locaux ont déjàpondu, pouvant donc être considérés comme nicheurs.

Exemple : j’entrevois un Epervier d’Europe, àpeine quelques secondes entre les arbres, le 15 juin. Je pourrai lui attribuer le code Atlas minimal (AT01) car àcette date, les oiseaux présents sont les reproducteurs locaux et toutes les femelles ont déjàpondu.

Une exception mérite d’être mentionnée. Pour quelques espèces longévives (souvent les oiseaux de grande taille : rapaces, cigognes), la maturité sexuelle n’est atteinte qu’àpartir de plusieurs années. Ce qui veut dire que dans sa deuxième année (parfois au-delà), l’oiseau, même s’il est observé dans un biotope idéal et durant sa période de reproduction, n’est pas nicheur. Bien souvent, l’immaturité de l’oiseau sera révélée par son plumage, intermédiaire entre celui d’un juvénile et d’un adulte : Busards (attention notamment au Busard des roseaux, chez qui l’oiseau de 2ème année dont des représentants sont observés chaque printemps dans les plaines céréalières, ressemble àla femelle adulte !), Faucon pèlerin, Cigogne noire par exemple. Il est ànoter que ces oiseaux immatures ne se cantonnent normalement pas àun site précis, àl’inverse d’un oiseau nicheur, ce qui peut mettre l’observateur sur la voie.

 

Espèces "exceptions"

Pour certaines espèces, une seule période code Atlas "éventuel" est indiquée. Un code Atlas ne pourra donc làêtre attribué que par le constat de comportements reproducteurs. Plusieurs paramètres peuvent alors expliquer qu’il est impossible ou inapproprié d’indiquer une période code Atlas "nécessaire" :

+ nombreux estivants non nicheurs constatés chaque année (fuligules) ;

+ nidification extrêmement rare en Côte-d’Or et possibilité de voir l’espèce àtout moment ou presque (Echasse blanche, Sterne pierregarin, Hirondelle de rochers, Bec-croisé des sapins, Bruant ortolan) ;

+ période de nidification très étalée, superposition dans le temps totale entre la dispersion de jeunes des premières nichées et d’adultes n’ayant pas encore engagé leur ponte (colombidés, Effraie des clochers, Bec-croisé des sapins) ;

+ Petit Gravelot : l’espèce se reproduit en petit nombre dans le département, mais on peut également observer des individus erratiques, ayant échoué dans leur reproduction (ce qui arrive presque chaque année, notamment lors des crues printanières), en pleine saison de nidification... On attribuera donc un code Atlas seulement aux oiseaux visiblement reproducteurs (parades, jeunes non émancipés, etc.) ;

+ Coucou gris : la reproduction parasitaire, originale et atypique, de cette espèce est bien connue. Déléguant totalement la couvaison et l’élevage de l’oisillon àd’autres parents non-conspécifiques, les adultes ne sont pas présents longtemps sur les sites de reproduction, pour être même absent au moment de l’éclosion et après. Cette situation un peu rocambolesque ne facilite pas le travail de l’ornithologue en quête de preuves de reproduction sur son carré Atlas... La femelle déposant son Å“uf jusqu’àfin juin, on notera donc les chants comme indices de reproduction jusqu’àcette date. Après, il n’auront plus de "valeur", car pouvant appartenir àdes oiseaux migrateurs. Il en ira de même pour toute observation d’oiseaux adultes. Ensuite, jusqu’àla mi-aoà»t, seules les observations d’oisillons ou de juvéniles pourront constituer une preuve de reproduction et justifier l’attribution d’un code Atlas.

+ Pour le Petit-duc scops, seule une période de code Atlas "nécessaire" est mentionnée. Plusieurs raisons justifient ce choix : la grande rareté de l’espèce, couplée àla quasi-absence de populations situées au nord de celle connue en Côte-d’Or, rendent très improbable la présence d’oiseaux migrateurs qui seraient juste de passage. De plus, les jeunes restent normalement proches de leurs parents jusqu’àla migration post-nuptiale. Enfin, la grande discrétion de ce hibou miniature et mimétique rend sa découverte visuelle presque impossible. Si on contacte un Petit-duc, c’est (dans 99% des cas) car on aura entendu son chant... et donc que c’est un nicheur.

 

Conclusion

Bien sà»r, la connaissance fine et de longue date d’un carré Atlas par un observateur le dispensera dans bien dans des cas d’avoir recours àce document. De plus, demeure dans chaque observation une part d’interprétation et de libre-arbitre qu’il est important de préserver. Sans parler de la fâcheuse habitude qu’ont certains individus ailés àne pas toujours se fondre dans les normes de leur espèce... Ce document ne doit donc pas être perçu comme une grille inflexible àlaquelle chacun doit se conformer, mais comme un outil d’aide et d’harmonisation des données àl’échelle de la Côte-d’Or.

 

Bibliographie ayant servi àl’élaboration de ce document

GEROUDET P. (1994) - Grands échassiers, Gallinacés, Râles d’Europe. Delachaux et Niestlé. Paris.

GEROUDET P. (1998) - Les passereaux d’Europe. Tome 1 : des Coucous aux Merles. Edition mise àjour par Michel Cuisin. Delachaux et Niestlé. Paris.

GEROUDET P. (1998) - Les passereaux d’Europe. Tome 2 : de la Bouscarle aux Bruants. Edition mise àjour par Michel Cuisin. Delachaux et Niestlé. Paris.

GEROUDET P. (1999) - Les palmipèdes d’Europe. Edition mise àjour par Michel CUISIN. Delachaux et Niestlé. Paris.

GEROUDET P. (2000) - Les Rapaces d’Europe. Diurnes et nocturnes. Edition mise àjour par Michel Cuisin. Delachaux et Niestlé. Paris.

GEROUDET P. (2008) - Limicoles, Gangas et Pigeons d’Europe. Edition mise àjour par Michel Cuisin. Delachaux et Niestlé. Paris.

STRENNA L. coord. (2000) - Les Rapaces de Bourgogne. L’Aile Brisée. Talant.

YEATMAN-BERTHELOT D. & JARRY G. (1994) - Nouvel Atlas de Oiseaux Nicheurs de France. 1985-1989. Société Ornithologique de France. Paris.

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